Image  —  Publié: 20 juin 2017 dans Humeur du jour

— (Haussant les sourcils en s’installant à la table de Daria.) Tiens, tu tournes au champagne maintenant ?
— (Jetant un œil à sa coupe, puis souriant, victorieuse : ) Il faut bien, pour fêter la mort de ReLIRE !
— Re quoi ?
— ReLIRE. Registre des Livres Indisponibles en Réédition Électronique.
— Et c’est quoi ce machin ?
— C’est l’État. Enfin, c’était.
— (Moue dégoûtée.) Quelque chose me dit que ça pue.
— Ah, ça ! soupire Daria. Si par malheur ton bouquin n’était plus dispo à la vente, ReLIRE le numérisait et le vendait, comme ça, tranquille.
— Et alors ? Où est le souci ? Si ça peut faire revivre ton livre…
— Le souci, c’est qu’on ne t’avertissait pas.
—…
— Imagine… Tu as des manuscrits dans une armoire, et l’État débarque chez toi quand tu as le dos tourné, ouvre ton armoire, repart avec tes manuscrits. Et tu les retrouves en vente sur leur site, sans qu’aucun contrat n’ait été signé entre toi et eux. C’était ça, ReLIRE.
— (Bouche bée, Julie se reprend : ) Les raclures !
À ces mots, Daria lève ironiquement son verre.
— Et y’avait pas moyen de savoir avant d’être numérisé ?
— Oh, si… à condition de savoir que ReLIRE existait, et de te rendre sur leur site pour éplucher leur liste de bouquins à numériser dans les six mois. Après, c’était trop tard pour refuser. Qui ne dit mot… C’est un peu comme si tu devais te rendre chez ton voleur, et trouver la liste accrochée au frigo.
— (Soupire.) Mais c’était pas normal, tout ça ?
— Carrément illégal, tu veux dire ! Sans ton accord, personne n’a le droit de publier ton texte, et encore moins de se faire du fric avec. C’est ce qu’on appelle : le droit moral. Imagine que tu aies publié un texte dont tu aies honte après ? Ton contrat arrive à échéance, tu l’oublies. Eh bien avec ReLIRE dans les parages, que nenni ! ReLIRE s’en tapait, il le vendait quand même. Aux chiottes, ton droit au repentir !
— Punaise, se désole Julie. Et donc, ça s’est arrêté ?
— Yep ! Le Conseil d’État a mis le holà.
— Tout est bien qui finit bien, alors ! (Levant la main.) Garçon ! Je prendrai la même chose !

Image  —  Publié: 13 juin 2017 dans Humeur du jour

Image  —  Publié: 6 juin 2017 dans Humeur du jour

 

— Hé ! Devine ce que j’ai fait hier, lance Julie avec un demi-sourire.
— (Avalant sa gorgée de limonade, puis reposant son verre.) T’as infiltré une boîte échangiste dans un but de recherches pour Fist dans l’espace 2, et tu t’es retrouvée à donner de ta personne ?
— (Rit.) Mais non, Banane !
— T’as bossé sur Fist dans l’espace 2 ?
— (Le sourire de Julie s’élargit.) Tu chauffes : pas seulement. J’ai aussi dégoté les adresses de deux librairies, dont une qui fait papeterie. Alors, j’ai voulu voir à quoi ça ressemble, une vraie librairie, histoire d’acheter ailleurs que sur la Fnac ou Amazon. Il paraît qu’il faut encourager les petits commerçants…
— Vu comment tu amènes les choses, je sens que je ne vais pas être déçue, s’amuse Daria en jouant avec sa paille.
— (Avalant une gorgée de bière, puis faisant claquer son verre sur la table.) La librairie a mis la clé sous la porte ; le local est vide. Quant à la papeterie… Ça partait bien, pourtant : neuf bouquins en vitrine, et du récent, ça met en confiance… Alors, je suis entrée, et ça a été la douche froide.
— À ce point-là ?
— T’imagines pas ! Enfin si, avec ce que je te raconte… En face, derrière la caisse, y’avait des piles de bouquins scolaires. Et la libraire qui tirait la tronche. Le mur de gauche était recouvert d’étagères vides. En contrebas, juste un bac à livres avec du Finkie dedans…
—…
— Quant au mur de droite, c’était pareil, à un petit détail près : la rangée à hauteur d’yeux était blindée de Prépabac. Ça mange Prépabac, ça respire Prépabac, chez eux… Y’avait un tourniquet qui collait le comptoir, avec du Poche dedans.
— Une librairie qui ne vend pas de livres, c’est concept !
— Sinistre, tu veux dire ! Toutes ces étagères vides, c’était glaçant. J’ai quand même pris deux romans, histoire d’encourager la dame, puis je me suis tirée.
— (Soupire.) Et après, on s’en prend aux lecteurs qui achètent leur came via Amazon, ou en supermarché…
— Heureusement qu’on le peut ! Sinon, je ne lirais pas souvent en papier.
— Je n’ai qu’une chose à dire… (Levant son verre, imitée par Julie.) Vive Amazon, vive la Fnac, et vive Leclerc !

Quand Muse va bien

Publié: 30 mai 2017 dans Humeur du jour